L’efficacité autrement

Pour qui conçoit le travail comme un moyen de s’accomplir, la question du sens est primordiale. Si l’on considère que s’accomplir c’est satisfaire ses attentes, doit-on pour cela ignorer celles des autres et de son environnement ? Quelle forme peut alors prendre notre interaction aux autres ? Dans un contexte économique où la recherche de l’efficacité est un enjeu majeur, peut-on aujourd’hui se contenter d’une relation de simple subordination pour obtenir ce que l’on souhaite ?

Autant de questions qui ont été abordées par des intervenants – penseur, entrepreneur ou militante – dont j’ai pu apprécier la clarté d’esprit et la force de conviction à l’occasion d’une conférence organisée par le CJD Essone à Evry en juin 2011. Je tente ici d’en retranscrire l’essentiel.

Que l’on soit mu par un sentiment d’urgence, souhaitant obtenir le plus rapidement possible le maximum de bénéfice de son effort, ou motivé par la seule satisfaction de ses désirs, on prend le risque d’oublier les liens qui nous lient à notre environnement, ce qui fait que nous ne pouvons agir que grâce et par rapport aux autres. Le but est plus alors de s’emplir que de s’accomplir.

Au bout du compte, ne suis-je pas plus accompli, complet pour reprendre la signification étymologique, si j’accepte que l’autre fait partie de mon projet ? Se pose alors la question de la nature de cette interaction.

Réhumaniser le travail

Le philosophe et auteur Vincent Cespedes constate que, conscients que « ça se passe mieux quand on est heureux que quand on est malheureux », nous avons tendance à privilégier l’efficacité à court terme en tentant d’imiter ce qui nous semble être l’image du bonheur. Il suggère de plutôt réintroduire l’humain dans nos relations de travail et de faire du chef d’entreprise un chef d’orchestre. Son travail est d’insuffler l’esprit de l’oeuvre à ses équipes, le tempo et l’intensité auxquels la partition doit être jouée. Il donne ses instructions à chaque instrument lors des répétitions. Le jour du concert il n’est là que pour « incarner » son interprétation de l’oeuvre. Ce n’est pas lui qui joue.

L’accomplissement par le don

Poussée dans ses retranchements, la notion d’échange amène à celle du don. Une leçon d’humilité et d’efficacité nous a été donnée par Geshe Michael Roach, maître bouddhiste américain auprès du Dalaï Lama.

Geshe Michael a fait le pari de faire des affaires en donnant. Mais de façon extrêmement consciente et respectueuse, grâce à une technique qu’il appelle « de la petite graine ».

L’efficacité immédiate au détriment de l’efficacité à long terme

Claire Nouvian, fondatrice de l’association de sauvegarde des fonds abyssaux Bloom, nous alerte sur les conséquences dramatiques de l’exploitation industrielle de pêche en eaux profondes et démontre comment la recherche d’une efficacité immédiate et aveugle peut avoir des conséquences irréparables sur l’avenir.

La sur-exploitation des ressources marines de surface a amené les pêcheries industrielles à utiliser des techniques de pêches à grande profondeur, utilisant des filets qui « râclent » les fonds marins et détruisent toute forme de vie animale ou végétale. 80% des prises, inexploitables mais détruites, sont remises à l’eau.

La puissance des lobbies et les enjeux financiers considérables entraînent l’impossibilité d’envisager aujourd’hui le basculement vers une recherche d’efficacité plus pérenne et raisonnée. A moins que l’inexorable montée des prix du carburant ne remettent fondamentalement en cause l’équilibre de ce modèle…

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